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Société

Audrey Tang, transgenre surdouée et ministre du digital à Taiwan

par Natacha Couvillers le 14 novembre 2017

Transgenre surdouée et ministre du digital à Taiwan. Elle veut hacker la politique !

Née homme, déscolarisée à 12 ans, programmeuse de génie et entrepreneure à succès dans la Silicon Valley, Audrey Tang n’en finit pas de hacker la vie. A 35 ans, elle vient d’être nommée ministre du digital à Taiwan.

La Taïwanaise est littéralement un génie. Autodidacte, programmeuse surdouée, hackeuse engagée, entrepreneure précoce, la trajectoire d’Audrey Tang a tout d’un film. “J’ai pris ma retraite à 33 ans, quand j’ai quitté la Silicon Valley”. Son histoire est profondément civique, ancrée dans un combat global pour la démocratie. La “hackeuse civique et conservatrice”, comme elle se définit, vient d’accepter le ministère du digital de son pays. Retour sur une vie pas banale.

Une enfance hors norme

1981 : La future hackeuse voit le jour à Taïwan, avant de déménager en Europe à la frontière entre la France et le Luxembourg. Elle naît garçon (elle changera de sexe et de nom en 2005). Fille d’un doctorant passionné par les mouvements étudiants de Tienanmen, Audrey Tang grandit dans une famille activiste, révolutionnaire et intellectuelle où on lui rabâche l’importance du pouvoir du peuple. A 8 ans, elle raconte à Rue89 être tombée sur les livres de programmation de son père :

J’ai tout de suite été accrochée par le côté logique et mathématique. Mais je n’avais pas d’ordinateur et j’ai donc dessiné sur des feuilles de papier : j’appuyais sur les “touches” et j’écrivais ce que l’ordinateur aurait produit. Donc j’ai appris la programmation sans machine.

Elle passe vite sur ordinateur, objet qu’elle ne lâchera plus. La famille voyage beaucoup, elle se perfectionne. A l’âge de 13 ans, elle retrouve Taïwan et décide de quitter l’école pour participer au lancement… du World Wide Web :

J’ai découvert que peu importe ce que j’apprenais à l’école ou même à l’université, ça avait toujours 10 ans de retard… J’avais l’impression de vivre 10 ans dans le futur rien qu’en collaborant avec des chercheurs sur Internet”, raconte-t-elle à l’Atelier des Médias.

Au coeur du World Wide Web

Pressée ? Impatiente ? Toujours est-il qu’Audrey Tang commence à travailler à 13 ans (“c’est légal à Taïwan”…) et lance sa première start-up – un moteur de recherche en mandarin – deux ans plus tard, à 15 ans. Entre temps, elle écrit son premier livre, Road to Cyberspace, et commence à s’investir dans la communauté de développeurs open source et constructeurs de l’internet de demain.

Nous sommes dans les années 90, le web est en pleine effervescence : “Toute notre start-up était codée en Perl [un langage de programmation, ndlr] et il y avait beaucoup de collaboration et d’entraide entre les programmeurs”. Plus globalement L’ open source lui apparaît comme “un espace sûr où nous pouvons apprendre les uns des autres, plutôt que d’imposer nos désirs ou volontés aux autres. “On se demandait déjà comment diffuser ce genre de comportement dans la cité”, raconte-t-elle à Rue89. L’internet est arrivé en même temps que la démocratie à Taïwan, selon la hackeuse, qui déclare dans l’Atelier des Médias :

“C’est la même génération qui a voté pour les premières élections et qui a participé à la création du web mondial.”

De la Silicon Valley à la société civile

A 17 ans, elle quitte sa start-up et devient consultante dans la Silicon Valley. Elle explique s’être beaucoup documentée avec des ouvrages de philo, de sciences humaines et de littérature concernant la démocratie. Elle commence à structurer sa pensée, intellectualise le rôle d’internet.

Je suis une anarchiste conservatrice. Ça peut sembler contradictoire : l’anarchie est souvent associée à l’utopie, un monde rêvé situé dans le futur. Mais j’ai fait l’expérience de cette “utopie” depuis plus de vingt ans : c’est l’anarchie du Net que je veux conserver.

Après 20 ans d’une vie de consulting en Californie, où elle a créé puis vendu deux start-ups – toujours en autodidacte – elle décide de prendre sa retraite. Et de rentrer à Taïwan pour s’investir dans des projets politiques.

Parmi ses actions coup de poing, une marque particulièrement son tournant hacktiviste : nous sommes en 2012 et le gouvernement taïwanais diffuse une campagne vidéo sur une réforme économique particulièrement compliquée : “Le message était en substance : “C’est trop compliqué pour vous, mais ne vous inquiétez pas, faites-nous confiance”. C’était vraiment insultant”, rembobine Audrey Tang. Elle rejoint alors un groupe de hackeurs qui, en représailles, diffuse sur internet toutes les données budgétaires du gouvernement sur un site bien propre et compréhensible, g0v.tw, destiné à la population. Depuis toutes ses actions vont dans le même sens : “Nous construisons les outils qui permettent au peuple d’exercer ses droits démocratiques”, clarifie-t-elle dans Telerama.

Hacker la démocratie

Lors du Mouvement Tournesol des étudiants en 2014, un sitting est organisé devant le Parlement pendant 22 jours, pour protester contre la ratification du traité commercial avec la Chine. Les hackeurs créent un site de discussion pour encourager le mouvement et le débat. Mieux, ils installent des caméras devant et dans le parlement, pour rendre l’événement et les débats visibles par tous.

Le traité ne sera pas signé. “Le paysage politique a changé après ça. Les gens ont commencé à demander que les décisions politiques soient le fruit d’une démocratie délibérative, et pas seulement des représentants élus.

Lorsqu’on lui propose un poste au gouvernement, Audrey Tang accepte : elle est depuis peu ministre du digital. Après avoir appris à programmer un ordinateur sur une feuille de papier, changé de sexe, voyagé dans le monde entier et digitalisé une révolution, cette femme ovni arrivera-t-elle à moderniser la politique de son pays ?

Comme Audrey Tang, on devrait toutes oser sortir des sentiers battus ! Découvrez notre campagne coup de cœur SEAT qui met à l’honneur l’audace et l’indépendance pour la nouvelle Arona. Deux qualités que les femmes modernes se doivent de revendiquer, partout et tout le temps. L’esprit “Do Your Thing” de la campagne nous engage à tracer notre propre chemin sans se soucier des codes déjà établis. C’est une nouvelle voie qui s’ouvre !

par Natacha Couvillers

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